Dans un récent article d’opinion publié au New York Times, Mark Finley, chercheur non résident spécialisé dans les questions énergétiques, à l’Institut Baker de l’Université Rice (Houston, Texas), explique que même avec un cessez-le-feu en Iran, « il ne faut pas s’attendre à ce que les prix de l’essence baissent de sitôt » aux Etats-Unis.
« Le cessez-le-feu annoncé mardi soir (8 avril 2026, ndlr) par le président Trump a été accueilli avec enthousiasme par les négociants en pétrole, qui ont rapidement fait chuter les prix des contrats à terme sur le brut sous la barre des 100 dollars le baril. Mais ne vous attendez pas à ce que les prix de l’essence chutent brutalement simplement parce que les bombardements ont cessé. Le pétrole réellement disponible aujourd’hui à l’étranger peut coûter près de 150 dollars le baril », avertit M. Finley.
Parmi les éléments avancés pour étayer son argumentaire, l’auteur cite en premier lieu la décision iranienne de faire en sorte que « les pétroliers transitant par le détroit d’Ormuz doivent continuer à solliciter son autorisation », ajoutant que les « stocks perdus depuis le 28 février », marquant le début de l’agression américano-israélienne contre l’Iran, « ne pourront pas être facilement remplacés à court terme. »
Si les prix de l’essence se maintiennent au-dessus de 4 dollars le gallon (le diesel avoisinant les 5,70 dollars le gallon), les calculs de Finley font apparaître que « les familles américaines paieront en moyenne plus de 1000 dollars de plus par an pour l’essence ».
Il s’agit, poursuit-il, d’une « dépense supplémentaire importante pour des familles qui ont déjà du mal à joindre les deux bouts et un facteur potentiellement déterminant lors des élections de mi-mandat de l’automne », rappelant qu’une « hausse de 21,2 % des prix de l’essence en mars a contribué à faire grimper le taux d’inflation annuel à 3,3 %, selon le Bureau of Labor Statistics ».
Que les États-Unis soient « désormais un important producteur de pétrole », cela « ne console guère les consommateurs (américains) », vu que « cela n’a pas empêché les prix des carburants de flamber, car le marché du pétrole est mondial et les prix reflètent la situation globale. »
Mark Finley explique aussi que ces coûts supplémentaires « se répercutent sur tout ce qui est transporté à travers le pays », d’où l’application de « surcharges carburant » des services postaux américains, comme Amazon, FedEx et UPS. « Il en va de même pour les agriculteurs qui achètent du diesel et des engrais importés fabriqués à partir de gaz naturel. »
Rappelant qu’avant la guerre, « quelque 20 millions de barils de pétrole brut et de produits raffinés transitaient chaque jour par le détroit d’Ormuz », soit « environ 20% de l’approvisionnement mondial », Mark Finley considère que la crise actuelle est de loin « la plus importante rupture d’approvisionnement de l’histoire du marché mondial du pétrole », bien plus que « l’embargo pétrolier de l’OPEP, la crise de Suez et les précédentes guerres du Golfe ».
Selon lui, l’actuel « goulot d’étranglement de l’approvisionnement qui dure depuis six semaines, et les longs trajets maritimes que cela implique, signifie que nous allons devoir faire face à une longue période d’ajustement avant que les prix ne se normalisent ».
Mark Finley évoque également deux autres facteurs de nature à compliquer davantage la situation : le « maintien d’une prime (d’assurance) risque » pour cause de « menaces persistantes » sur le commerce du pétrole, et le temps que prendra la remise en marche des « installations pétrolières et gazières de la région endommagées par la guerre, notamment lors des attaques iraniennes contre des installations en Arabie saoudite, au Koweït et ailleurs ».
C’est ce qui maintient aussi une « pression à la hausse sur les prix ». « Et bien évidemment, toute reprise des combats ou nouvelle interruption des flux à travers le détroit nous ramènera rapidement à la case départ », conclut cet ancien analyste à la CIA.